LES ORIGINES


Antonin Viallate n’était pas homme à se laisser faire. Il était né, avait grandi et avait appris son métier ici même, dans l’hôtel restaurant de la rue Campagne Première où son père et son grand-père avaient passé leurs vies à l’enseigne « Aux Vignobles de France ».

L'auberge

Quel était le premier Viallate à s’être installé là ? Nul ne le savait exactement mais ce dont on était sûr c’est que le bâtiment lui-même datait du XVIIIe siècle. L’hostellerie c’était de famille chez les Viallate et, sans doute, loin là-bas, en Auvergne, un cadet de famille, ne pouvant reprendre l’exploitation du père, réservée à l’aîné, s’était-il expatrié pour monter à Paris. Il restait d'ailleurs des Viallate  du côté de Clermont-Ferrand.

L'Histoire c'était pour les gens riches, pas pour les bistrotiers ! Et aucun des Vialatte qu'avait connu Antonin, que ce soit son père le grand Fernand ou son grand père, le Victor n'avait cherché à connaître l'origine de leur commerce. Si quelqu'érudit local leur avait parlé de la Grande Chaumière, du Père Lahire et des débuts du quartier Montparnasse nul doute que les Vialatte l'auraient regardé d'un œil vague, hochant la tête et oubliant vite ce qu'on leur avait dit. Car l'Histoire, en fait, ce n'est qu'un ramassis d'histoires et les histoires, lorsque l'on est commerçant, il ne faut pas en chercher, surtout avec les clients.

Le bâtiment avait sans doute été modifié avec le temps. En tous cas, depuis que Victor y présidait aux activités, il n'avait pas bougé. Juste un coup de peinture de temps en temps et l'entretien normal d'une bâtisse. C'était une maison possédant un seul étage qui était enchassée dans les immeubles avoisinants. Elle faisait l'angle entre la rue Campagne Première et le boulevard Montparnasse, plus longue côté rue que côté boulevard, avec un pan coupé à l'angle. Une  des portes de la salle de restaurant était située sur cet angle , alors que l'autre donnait sur le boulevard et permettait, l'été, d'installer une terrasse sur le trottoir. Le rez-de-chaussée était tout entier occupé par le bar-restaurant et la cuisine.

Un escalier, caché par une porte au fond de la salle, permettait d'accéder au premier étage et aux quatre chambres réservées à la clientèle, la cinquième étant celle des patrons. L'escalier se poursuivait pour accéder à des pièces mansardées et à un grenier. Antonin avait toujours vécu à ce dernier  étage. D'abord dans la chambre donnant sur l'angle juste éclairée par un chien assis et qui se situait entre celle de ses parents, où il était né en 1905, et celle de la bonne chargée de l'entretien, une bretonne qui n'avait pas eu long chemin à faire pour trouver du travail en débarquant Gare Montparnasse. Lorsque ses grands-parents, Victor et Pauline avaient pris leur retraite, en 1919, âgés de 66 et 62 ans, pour aller s'installer dans une maison héritée d'un cousin du côté de Clermont-Ferrand, le grand Fernand et sa femme Suzanne, descendirent au premier. Antonin se déplaça dans la chambre laissée libre et y demeura.
 
L'auberge

Il abandonna donc sa chambre d'enfant en même temps que ses jeux. A 14 ans, c'était  déjà un grand gaillard et l'instruction qu'il avait acquise à l'école du quartier complétée par l'éducation que lui avait donné ses parents le rendait apte à donner un coup de main au bar-restaurant. Le départ de Victor et Pauline se passa donc sans problème, Suzanne, la mère d'Antonin, ayant depuis longtemps investit la cuisine sous la direction de Pauline qui lui avait donné tous ses secrets. Elle remplaça donc sa belle mère en cuisine et Antonin se chargea du service de la salle. Fernand garda sa place derrière le bar, place qu'il avait occupé, aux côtés de Victor, depuis la fin de la guerre, dont il était revenu vivant quoique blessé.

La clientèle était assez éclectique, depuis le personnel où les visiteurs de l'Hospice des Enfants Trouvés, devenu Hôpital-Hospice des Enfants assistés, jusqu'aux artistes ayant réussit à vendre  une  toile et qui régalaient leurs amis d'un bon repas bien arrosé, sans compter queqlues provinciaux qui venaient "pour affaires" à la Capitale et qui s'installaient pour quelques jours en demi-pension, tout le monde appréciait la bonne cuisine des femmes et l'accueil discret des hommes. Au fil du temps, un type particulier d'habitués s'était fait jour.

En effet, vers le début du XIXe siècle, quelques cochers prirent l'habitude de venir là, passer la soirée, en attendant que leurs maîtres, venus s'amuser dans un des lieux prévus à cet effet dans le quartier, les fassent chercher pour les raccompagner chez eux. C'est ainis que l'on pu voir, souvent une voiture de maître et son cheval patientant devant l'estaminet.

Voiture de Poste 1800 Brumm

Ce qui permis à quelque peintre inconnu de manger un soir en laissant un tableau pour tout paiement, les Vilatte étaient un peu mécènes.

Cheval aquarelle

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